La Manufacture Bohin — HJ

« J’ai mis cinq ans pour y arriver sans me piquer. »

 

 

 

La Manufacture Bohin est aujourd’hui le dernier fabricant français d’aiguilles et d’épingles. Agée de 184 ans, l’usine est fondée par Benjamin Bohin en 1833 à Saint-Sulpice-sur-Risle dans l’Orne en Normandie. L’Orne, région riche en bois et minerais de fer, cultive la tradition de l’aiguille depuis le Moyen-Âge.

Avant la Première Guerre mondiale, l’usine comptait près de six cents ouvriers. Aujourd’hui, une quarantaine de salariés (trente femmes et dix hommes) contribue au développement de l’entreprise.

BOHIN France est la marque des produits de l’entreprise Bohin, présidée par Didier Vrac depuis 1997, comptant plus de quatre milles références à son catalogue distribué dans plus de trente cinq pays. La marque connaît un grand succès notamment aux États-Unis (les clubs de patchwork de Minneapolis raffolent des aiguilles et épingles Bohin).

La Manufacture Bohin ouvre ses ateliers de production au public depuis le mois de mars 2014. Les ateliers de fabrications sont répartis sur deux étages (10 000 m2 ; la fabrication se situe au rez-de-chaussée et le conditionnement à l’étage). Les ouvrières et ouvriers œuvrent à la création d’aiguilles à coudre, d’épingles de sureté et d’épingles à tête de verre de couleur de Murano. Les aiguilliers-épingliers travaillent sur des machines d’époque, fin XIXe siècle et années 1930. Les machines peintes en vert font beaucoup de bruit.

L’aiguille est un petit objet dont dépendent différents métiers : patchwork, taxidermie, broderie, reliure, voilerie, etc.

Il faut vingt-sept étapes et deux mois de production avant de pouvoir acheter un paquet d’aiguilles Bohin !

Voici les vingt-sept étapes (voir la frise photographique) :

  1. Choix du fil métallique issu de la tréfilerie. Cette première étape définit la qualité du produit.

 

  1. Dressage. Le fil est rendu droit par tortillements.

 

  1. Coupage en tronçons. Un tronçon a une longueur équivalente à deux aiguilles.

 

  1. Empointage. Création des pointes ogivales des deux futures aiguilles composant un tronçon en meulant.

 

  1. Estampage. Écrasement du centre du tronçon en deux points adjacents (emplacement des futurs chas) à la manivelle.

 

  1. Perçage du chas.

 

  1. Séparation du tronçon en deux aiguilles.

 

  1. Ébavurage. Après la séparation du tronçon, un bras métallique amène le chas des aiguilles sur une meule afin d’enlever l’excès d’acier sur l’extérieur, d’un côté puis de l’autre.

 

  1. Trempe. Les aiguilles sont chauffées dans un four à 835°C, puis tombent dans un bain d’huile froide. Elles durcissent ainsi par choc thermique.

 

  1. Revenu. Trempage des aiguilles dans un bain d’huile chauffé à 180°C redonnant de la flexibilité aux aiguilles.

 

  1. Sciurage. Les aiguilles sont mélangées à de la sciure de bois dans des tonneaux en rotation afin d’absorber leur humidité et retirer l’huile.

 

  1. Vannage. Les aiguilles passent dans une machine calibrée pour aspirer la sciure et laisser retomber les aiguilles.

 

  1. Rangement. Grâce à un plateau rainuré, les aiguilles sont superposées parallèlement. C’est la tâche de Victor, aiguiller-épinglier de la manufacture Bohin, qui ordonne en paquets des milliers d’aiguilles mêlées. Il dit : « Mon oncle m’a appris le geste. Il a fallu deux ans. Chez Bohin, je suis le seul à le connaître. »

 

  1. Empaquetage. Les aiguilles sont installées dans des paquets en toile enduite.

 

  1. Ajout des huiles et des abrasifs.

 

  1. Polissage. Les aiguilles empaquetées sont mises dans un banc de polissage. Cette étape dure plusieurs jours. Victor s’occupe du polissage des aiguilles avec « le même procédé qu’il y a un siècle. »

 

  1. Nickelage. Opération de revêtement par dépôt d’une couche de nickel dans un bain électrolytique donnant une brillance aux aiguilles et les protégeant de l’oxydation.

 

  1. Sciurage.

 

  1. Vannage.

 

  1. Rangement par plateau.

 

  1. Tallage. Rangement des aiguilles selon leur longueur.

 

  1. Appérissage. Tri des aiguilles suivant leur sens. Les aiguilles sont rangées côté pointe ou côté chas. La machine à appérir est composée de taquets parfaitement calibrés pour trouver le centre de gravité de l’aiguille.

 

  1. Mise en cases. Les aiguilles sont installées dans une case en papier (pochette à fond plat).

 

  1. Contrôles qualité. Isabelle fait rouler l’aiguille sous son doigt pour vérifier si celle-ci est droite ou pas. « J’ai mis cinq ans pour y arriver sans me piquer » sourit-elle.

 

  1. Conditionnement des aiguilles.

 

  1. Piquage. Les aiguilles sont installées sur un ruban de coton.

 

  1. Mise en pochette.

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Fabrication des épingles à tête de verre de couleur de Murano :

Le filament métallique traverse le verre en fusion pour ressortir coiffé d’une boule colorée.

Pourquoi les boules des épingles sont-elles en verre de différentes couleurs ?

Cela a un intérêt dans la confection de la dentelle par exemple. Les têtes de couleurs permettent de repérer les différents fils et comme elles sont en verre, on peut repasser l’ouvrage sans les enlever, à l’inverse du plastique qui, lui, fondrait.

 

 

HJ

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